Les animaux les plus comiques sont les plus sérieux ; ainsi les singes et les perroquets.

Charles Baudelaire, De l'essence du rire, Le Portefeuille, 1855.

mercredi 30 mars 2011

Polar spagaytti




Trouver l’accord de ce qui est de mauvais goût, voilà le comble de l’élégance.
Sans faillir, Stilitano avait su choisir des souliers de crocodile jaune et vert, un costume marron, une chemise de soie blanche, une cravate rose, un foulard multicolore et un chapeau vert. 

Jean Genet, Journal du voleur, 1949

                        

La traduction cinématographique de ce sublime adage qui m'a servi d'aiguillon pour l'écriture de Chbebs ! :




mardi 29 mars 2011

Le boom de l’exportation de burqas imperméables vers Tokyo irradiée


C’est une belle histoire, comme notre époque se montre finalement encore capable d’en voir naître. L’an dernier, Sofiane E., de Grigny La Grande-Borne, lance sa petite entreprise de burqas imperméables. Il cible de manière privilégiée la riche clientèle des Emirats. Las, celle-ci dénigre sa marchandise. En cause, l’aspect trop brillant du revêtement imitation sky des burqas, peu compatible avec l’expression d’une foi austère. Mais les événements tragiques survenus au Japon vont brutalement changer la donne. Le 15 mars dernier, en provenance de Tokyo, Sofiane reçoit une commande de 3000 burqas. La crainte des pluies radioactives pousse en effet la population à chercher une protection idéale contre les averses corrosives, ce que sont parfaitement à même d’offrir les burqas de Sofiane. Il faut dire aussi que la présence en ce pays des fameux Trou-du-capucin (toit des réacteurs forés de la centrale de Fukushima) n’est pas sans exciter d’une façon maladive les ardeurs sensuelles des névrosés. Il sort en effet de ces trous des émanations radioactives qui arrivent à féconder les femmes stériles. Confectionnées à partir de matières pneumatiques recyclées, les burqas de Grigny sont la parade idéale à ce fléau.

Faouzia Galouzeau 

             
Un grand merci à Faouzia pour ce joli billet injustement refusé par l'AFP.
N'hésitez pas à me faire parvenir vos infos de La Grande Borne ou
d'ailleurs, goudous et tarlous de mon coeur!
Bises à vous,
Salima

lundi 28 mars 2011

En savoir plus sur "Chbebs !"

"Chbebs !" est un polar spagaytti, le premier de son genre, et mon premier roman.

Si vous voulez savoir de quoi il retourne, quelques liens utiles :

- la présentation du roman sur le site des Editions de l'Abat-Jour

- la première partie de l'interview que j'ai donnée au Pandémonium littéraire

- les deux premiers chapitres du roman en PDF

- et l'endroit où vous procurer "Chbebs !" en version numérique, seulement 6€ pour un PDF de 186 pages bien sous tous rapports !

Le cas Sophia Aram

L’humoriste, chroniqueuse à France Inter, serait-elle l’exemple parfait de « la jeune femme issue de l’immigration maghrébine, jolie et propre sur elle, qui a réussi, la preuve que l’intégration ça marche » ? Ou une « petite conne en mal de buzz » ainsi que l’a définie Guy Carlier (en même temps, Guy Carlier…) à l’occasion de sa chronique sur le FN ?

Pour ma part, je trouve surtout son humour assez faiblard (même si Guillon n’était, lui, carrément pas drôle : bien loin de Desproges, son modèle), peu original et ses minauderies même « pour de rire » ont tendance à me taper sur le système.

N’y a-t-il pas d’autres modèles d’identification pour les filles issues de l’immigration en banlieue qu'une jolie fille moyennement drôle mise sur le devant de la scène par un homme, Jamel (car avant de faire de la radio, Sophia faisait de la télé) ? Je pose la question. Si vous avez des idées de réponses, elles sont les bienvenues…

En tout cas, on peut lire un article plutôt intéressant sur Sophia Aram écrit par Chloé Leprince sur le site Rue 89.

Présentation de la rubrique Revue de Web

C’est quoi la « Revue de Web » ?

Régulièrement, je vous ferai part de mes lectures intéressantes sur Internet. Articles de fond ou sujets plus légers, sur la littérature ou sur d'autres sujets, textes journalistiques ou textes de fiction : je vous indiquerai ce qui m’a interpellée, émue, énervée, fait réfléchir.   

dimanche 27 mars 2011

La table des matières de "Chbebs !"


Chapitre I       
Du vitriol au fond des prunelles de tigre
Chapitre II
D’une sacoche noire au pied d’une falaise 
Chapitre III      
Des nuits d’émeute servies sur plateau-télé  
Chapitre IV       
De Vinedine Vit-d’Âne et des labyrinthes
Chapitre V       
Où la banlieue volcanique évoque l’Orient
Chapitre VI       
Du préfet à la rencontre des autochtones
Chapitre VII       
De Doze et David narguant les autorités
Chapitre VIII       
Des secrets bien enfouis et des amours trahis
Chapitre IX       
Où Seb Lecqueurdreville pense guérilla
Chapitre X       
D’un vieux rêveur légitimement revanchard
Chapitre XI       
Quand Licken se perd dans l’itinéraire d’un mythe
Chapitre XII       
Où Licken alcoolisé se fait des frayeurs
Chapitre XIII       
Qui traite du destin des voitures de bandits
Chapitre XIV       
Qui raconte comment se débarrasser d’un corps
Chapitre XV       
Où Doze et David fuient un lecteur de Hello
Chapitre XVI       
Que c’est beau un Licken spleenétique à Pigalle 
Chapitre XVII       
Des pages arrachées au journal de Marie
Chapitre XVIII       
Comment David traita sa maîtresse de microbe
Chapitre XIX       
Des après-midi transiliens à Xiao-Mei
Chapitre XX       
Eros et mort Pavillon Madame Putiphar
Chapitre XXI       
De Licken en proie aux brûlures formicantes
Chapitre XXII       
Où Seb veut libérer la centrale de Clairvaux
Chapitre XXIII       
Où l’on tente de prostituer l’insurrection
Chapitre XXIV       
D’une fuite en cambrousse style Gang des Tractions Avant
Chapitre XXV       
D’une rencontre accidentelle entre fugitifs                        
Chapitre XXVI       
L’œil était dans l’anus et regardait Cocteau
Chapitre XXVII       
Joutes, passés mythiques et enlèvement
Chapitre XXVIII       
Qui relate une baston feutrée chez Fanny
Chapitre XXIX       
De l’art de saucissonner un romancier
Chapitre XXX       
Des blessures passées les plaies jamais fermées
Chapitre XXXI       
Où l’on voit la narratrice sortir de l’ombre
Chapitre XXXII       
D’une ode extorquée pour tous les gars du mitard
Chapitre XXXIII       
Soufflera contre toi le feu de ma fureur
Chapitre XXXIV       
D’une descente des services de police 
Chapitre XXXV       
Où Licken tire les vers du nez de Vit-d’Âne
Chapitre XXXVI       
Où Licken fonce après un tardif tête-à-tête
Chapitre XXXVII       
Des dernières palabres avant l’assaut
Chapitre XXXVIII       
Où Rist est prêt à tout pour enfin fuir Giselle
Chapitre XXXIX       
D’une pharmacienne nymphomane et creusoise 
Chapitre XL       
D’un funèbre hana-bi et des fins acéphales
Chapitre XLI       
Du destin des hommes clos sur un « Macache ! »
Chapitre XLII       
Oraison funèbre à l’auteur quintessentiel


Le premier chapitre de "Chbebs !"

Chapitre I       
Du vitriol au fond des prunelles de tigre

Cher lecteur du Frapar. Tu désespères ? Sur la mauvaise pente ? Et à moi, tu y as pensé un peu ? Oui, à moi, ressassant mes amours de jeunesse Margate Plage du versant de la falaise debout au soleil nu comme une espèce de Dieu. J’aime assez ce « comme une espèce de Dieu ». Permets-moi la projection. Que je m’identifie. Que je me fende un peu l’armure, et toi la poire, ce voyant. Marre-toi, oui. Tu peux. Mais admette que je me réchauffe aux souvenirs. Consens. La Creuse est fraîche. Un autre divertissement pas dispendieux du tout, c’est le courrier que vous m’adressez, chers et tendres, poste restante. Adorables missives. Là, je dois dire que vous m’avez gâté. Il en est une surtout, qui se distingue du lot. Dans le creux de ma pogne, ce pauvre trophée froissé, que je déplie à votre attention fébrile. Courrier de lecteur du Frapar donc, votre favorite revue, courrier adressé à son unique rédacteur, mézigue en chef. Une gazelle pleurnicheuse et suicidaire qui me raconte le calvaire de sa vie de folle dans une barre du 9-4.
Ce qui lui est arrivé ? Elle est tombée sur du casseur d’homo m’écrit-elle, s’est vu envoyer pleine face du « Pédé, tu déshonores la race des hommes », et n’a pas su répondre ― et il est là, le problème, pas ailleurs ― que telle était en effet bien son intention, non seulement de la déshonorer mais d’en saper les fondements  hétéropatriarcaux vermoulus. Quoi ? Aurais-tu à ce point perdu pied que tu ne sais même plus comment te réapproprier l’insulte, t’en faire mieux qu’une tactique, un emblème ? Tu devrais en être fier de te faire insulter, maltraiter par une bande de mineurs qui te crachent à la gueule et te caillassent en te disant : « Sale pédé, porc, va cramer en enfer » ; non parce que tu cultives la haine de toi ou en pincerais pour du petit casseur, ni pour la triste satisfaction de prendre des poses de Christ en plâtre : mais parce que l’ennemi reste la norme, leur norme tapie partout, jusque derrière les déclarations d’insoumission de ces belles petites gueules couturées d’acolytes de Lilith. Aurais-tu perdu ta faculté d’être imprévisible, de fuir, de te dérober, d’échapper des mains de qui cherche à te clouer au sol ? Sais-tu encore comment faire le pas de côté, occuper simultanément plusieurs postes de combat, endosser tous les rôles que la nécessité de demeurer insaisissable te fera inventer ? J’ai mieux encore comme suggestion, beaucoup mieux : rejeter une à une chacune des fonctions, chacune des tâches qu’on veut t’assigner ; tu saurais ?
On ne sait pas qui tu es, on doute de ton sexe, on se pose à ton sujet de sérieuses questions, on veut te parquer, te faire arquer, te ferrer, te faire frayer mais toi : roi de l’esquive et du déguisement ! C’est comme ça que je te voudrais, idéalement. De l’idéal, de l’idéal… Je peux toujours m’en gorger. Quoi d’autre ? Propose-moi. Claquemuré dans mon clapier sordide. Ma prochaine virée sur Paname ? À quand ? Aller traquer du jeune gueux. Lever un freluquet défilant pour l’éradication du sionisme. Sûr qu’un peu que ça me dirait bien. Pour l’occase, je ressortirais les falbalas ; comme à la grande époque. C’est ça qui me plaît dans le fond, j’avoue : masques, déguisements, travestissements et freluches, oui, et pourtant rien à voir avec le carnaval capitaliste Gay Pride car j’agis seul, sous de fausses identités, très égoïstement si tu veux parce qu’en effet je me fous de ces histoires d’accidents de capote et des débats sur la dégénitalisation des pratiques sexuelles ou l’apologie de l’enfilage cru de braczifs vérolés.
Tu me fatigues avec tes malheurs de Sophie. Merde, y’a pas plus réjouissant pour me divertir un peu dans ma caverne ? Rien qu’en pensée ? Tiens, parlons plutôt de ces jeunes folles qui par très saine gaminerie, pour emmerder la galerie, déstabiliser leurs vieux, s’enfilent des panoplies très fendues sur le côté, se badigeonnent de rouge les lèvres et se noircissent les contours d’yeux, se font des gueules à la Musidora et vont se désaper le samedi après-midi dans les grands magasins, parlons-en tant qu’ils n’auront pas commencé à le trouver trop lourd, ce fardeau de la transgression et qu’ils ne seront pas passés de l’autre côté, à rectifier sévèrement le tir de leur jeunesse par de pieuses mimiques dans de très stricts costards portés à droite.
Je ne me bats pas pour te voir te pavaner aux défilés festifs avec leurs services d’ordre paramilitaire hétéro payés par l’orga. J’ai la haine de l’orga et plus encore des repentis de l’orga. Attends un peu, j’y reviendrai plus tard.
Tu me dis que t’en crèves de solitude quand moi je m’en nourris. L’absence de lieux de socialisation non-marchands et pas hétéros, tu viens t’en plaindre auprès de moi ? Tu te rends compte de ce que tu fais là ?
Il n’est même plus temps de parler de dérive. Quant à ceux que j’entends se réclamer de moi (tous ceux des micro-communautés à sensation, petits gaytos anars, libertaires, squats commerciaux ou de pseudo-lutte subventionnée…), généralement les mêmes qui ne voient dans Pasolini que le symbole d’une culture pédé…oubliez-moi.
Bien intégré dans le monde patriarcal, à trimballer les icconneries marchandes de dingues inoffensives, qu’elles correspondent aux clichés de gay-musclé.com, ou à celui de la cage aux tapettes. Statue belle comme dans Riefenstahl. Ces beaux grands garçons que je pouvais voir là-bas aux bains de Margate Plage. Un corps, LE corps dans toute sa splendeur. Tu veux surtout renier la laideur, la maladie, la passivité, la faiblesse, la radicalité, la nervosité, la frénésie. Voilà ce qui quand même pas qu’un peu me dérange.
Tous ces clichés à la con censés vous rendre si attendrissants, si sympathiques.
Toujours aussi peu intégrationniste et déterminé à saper sans élégance particulière les bases de l’hétéropatriarcat, comme tu vois. C’est moi. Et désolé pour ces terminologies redondantes que je sais un peu désuètes, petite chouette.
Pseudo-hermaphrodisme manière Herculine Barbin, gynandrie sauce Mère Ginette, doubles-sexes androgynus à têtes rases, tribaderie tripolitaine, gender-fuckerie, mu-tantes… Utopiques créations de la « postmodernitude » branchouillarde : rien de tout ça, je suis ce que je reste : un sale pédé. Moi, Marcel Treuffais.

samedi 26 mars 2011

Présentation de l'éditeur

Chbebs ! de Salima Rhamna (Editions de l'Abat-Jour) 
Polar spagaytti (186 pages)

Schbeb, schebeb ou chbeb, n.m. (de l’arabe chbeb, joli) : Détenu homosexuel, ami d’un chef (terme d’injure).

Une nuit d’émeute dans la cité de la Grande Borgne en banlieue parisienne : pendant que les tirs de cocktails Molotov répondent aux détonations de flash-ball, chacun essaie de sauver sa peau, notamment Dino Dozelin, surnommé Doze, voyou acculé devenu meurtrier par accident, traqué par la brigade du commissaire Licken dont la mort, des mois plus tard, ne sera qu’un rebondissement supplémentaire à une bien étrange histoire…

Ce roman singulier à l’écriture nerveuse et poétique entraîne le lecteur dans le sillage de Marcel Treuffais, ancien activiste des F.H.A.R. (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire) vivant à l’écart du monde, et le met aux premières loges pour assister à sa dernière et plus périlleuse entreprise. L’on suivra en parallèle la cavale de Doze et de son acolyte David Tétard, activement recherchés par les hommes du pensif Licken, sommé par sa hiérarchie sur les dents d’alpaguer celui qui leur a si bien filé entre les doigts.

C’est aussi (et surtout) une galerie de personnages mêlant petits truands inséparables et flics à bout de souffle, qui portraiture avec le même mordant des caïds de banlieue et de jeunes femmes ambitieuses, et donne à voir le quotidien des marginaux et des hommes de pouvoir. On y croise tour à tour un ermite anarchiste, un vieil architecte revanchard, une figure légendaire du milieu, un garagiste louche, le directeur de cabinet et souffre-douleur d’un ministre, un préfet lyrique depuis sa tour d’ivoire, un fomenteur de guérillas urbaines ainsi qu’un écrivain jouisseur, arrogant et désabusé.

Hommage en forme de contre-pied à Manchette, histoire d’une cavale et premier polar spagaytti, Chbebs ! est aussi un roman noir et mélancolique sur les illusions perdues, l’impossibilité de revenir en arrière, à l’écriture riche, argotique et imaginative, qui dresse un constat cinglant des lâchetés de la littérature et de la société actuelles.

vendredi 25 mars 2011

La Grande Borne


La Grande Borne, quartier de mon coeur, de mon enfance...je t'aime